Le dernier sans-abri de Suisse. Nous lui érigeons une statue.

Les questions les plus fréquentes sur le sans-abrisme

Les chiffres sur le sans-abrisme n’ont jusqu’à présent pas été recueillis de manière systématique. Il a par conséquent été difficile d’obtenir des chiffres fiables sur le nombre de sans-abri et sur l’endroit où ils vivent. Il existe toutefois quelques études qui analysent les raisons du sans-abrisme et qui décrivent des ébauches de solutions pour en sortir. Nous vous donnons ici un aperçu des questions les plus fréquentes sur le sans-abrisme.

Les causes du sans-abrisme

Les raisons du sans-abrisme sont multiples. Le sans-abrisme peut avoir des causes structurelles, individuelles ou systémiques.

Les causes structurelles sont des facteurs économiques et sociaux qui ont un impact sur les personnes concernées, comme des logements plus abordables. Les mutations économiques, comme celles intervenues en période de pandémie de COVID-19, forcent de nombreuses personnes à faire face à des problèmes existentiels. Les coûts de la vie ne peuvent plus être couverts en raison du chômage ou d’un revenu trop faible.

Les causes individuelles touchent aux circonstances personnelles d’un individu. Une maladie, une séparation, la mort d’une personne proche ainsi que des problèmes familiaux peuvent faire basculer une vie. Cette altération des circonstances de vie conduit souvent à des dépressions, à la perte d’emploi et, dans les cas les plus graves, à la perte du logement. La pression psychique croissante de même que des addictions compliquent souvent la réintégration sociale et peuvent aboutir au sans-abrisme.

Les causes systémiques surviennent lorsque l’aide sociale ou les institutions publiques (l’État, les pouvoirs publics) manquent à leur mission ou cessent entièrement de fonctionner. Ainsi, des personnes qui n’ont pas accès à l’aide ou aux prestations sociales peuvent glisser dans la pauvreté et parfois aussi dans le sans-abrisme. De plus, les migrants sans papier d’identité sont souvent confrontés à la barrière linguistique et, du fait de la détresse qui en découle, ne sont souvent pas en mesure de trouver l’accès aux aides sociales. (1)

Les causes structurelles du sans-abrisme

Les causes individuelles du sans-abrisme

Les causes systémiques du sans-abrisme

Qui est sans abri ? Qui sont ces sans-abri?

Selon une étude de Bâle-Ville, il y a quatre fois plus d’hommes que de femmes sans abri, sans logement ou vivant dans des situations d’hébergement précaires. La plupart des sans-abri ont entre 26 et 50 ans. Un bon tiers est plus âgé. Ce sont surtout des hommes plus âgés qui passent la nuit dehors. Les jeunes adultes logent plutôt chez des amis et des connaissances.

Seul un peu plus de la moitié des personnes concernées sont des ressortissants étrangers.

Quelles sont les conséquences du sans-abrisme?

En raison de leur situation, des personnes sans logement ne peuvent guère prendre part à une vie sociale ou ne peuvent y participer que de manière très limitée. Pour presque toutes les activités, il faut pouvoir indiquer son lieu de domicile (son adresse). Même pour un emploi, il faut pouvoir fournir une adresse valable. Par ailleurs, sans un chez-soi, il manque la sphère privée et un lieu permettant de se retirer. Le sans-abrisme mène très souvent à la négligence et à la pauvreté, à des maladies physiques et psychiques chroniques ainsi qu’à un grand désespoir.

Quel est l’impact de la pandémie de COVID-19 sur le sans-abrisme?

Il est indiscutable que la crise liée au coronavirus ainsi que les mesures drastiques nécessaires pour limiter les cas de COVID-19 ne sont pas restées sans conséquence dans notre pays. Parmi les personnes particulièrement touchées se trouvent des personnes sans statut légal, du personnel de maison, mais aussi des étudiants qui gardaient la tête hors de l’eau grâce à des petits boulots. Il ne faut pas oublier les personnes avec une autorisation de séjour provisoire, pour lesquelles un recours à l’aide sociale aurait pu mettre en danger la prolongation de leur permis de séjour. Même s’il existait de tels cas avant la crise, la situation pour ces personnes s’est sensiblement aggravée en raison du coronavirus.

Le logement constitue-t-il un droit humain?

Le logement a déjà été établi comme un droit humain par plusieurs instances supérieures :

  • Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU de 1948 (article 25)
  • Dans la Charte sociale européenne (révisée 1996) (article 31)
  • Dans la Constitution fédérale de la Confédération suisse (articles 12 et 41).

Cependant, aucun droit invocable en justice n’en découle (contrairement à la France, où la « Loi 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale » établit un tel droit au logement). (2)

Qu’est-ce que « housing first »?

L’approche du « housing first » consiste à remettre un appartement de façon inconditionnelle à des sans-abri, en particulier à des personnes souffrant de problèmes d’addiction ou de maladies psychiques. Les personnes touchées se voient proposer un accompagnement intensif. Elles font l’expérience d’être acceptées et peuvent décider par elles-mêmes. L’approche du « housing first » implique un changement de paradigme : d’abord disposer d’un logement, ensuite aborder les autres problèmes.

Pour la plupart des personnes touchées, le fait d’être sans logement constitue une charge psychique énorme, un gros stress et amène de la frustration. Les besoins fondamentaux comme le besoin de sécurité et le besoin de disposer d’une sphère privée ne sont pas pris en compte.

La situation prévalant souvent dans les points de contact bondés comme les soupes populaires et les accueils de nuit fait que ces endroits ne se prêtent pas vraiment comme lieux de retraite et de repos. Le fait de disposer de son propre logement représente bien plus qu’un abri. Il en va du sentiment de protection, de la régénération, de la possibilité de se retirer et de l’autonomie. Seule cette situation permet de libérer des ressources permettant à des personnes de se préoccuper d’autres thèmes comme p. ex. les problèmes de santé. (2)

Comment est né le concept de « housing first »?

L’idée, qui a vu le jour en Amérique, était de mettre un logement à disposition de personnes sans-abri, qui souffraient simultanément de graves problèmes psychiques ou d’une addiction. Parmi les personnes à la recherche d’un logement, ce groupe cible était considéré comme le plus vulnérable et n’avait que rarement du succès dans sa recherche de logement sur le marché libéralisé du logement, sans une aide professionnelle. « Housing first » est donc une approche innovante dans la limitation des dégâts : tout d’abord un logement, puis ensuite la résolution d’autres problèmes. Cette approche a enregistré des succès aux États-Unis, ainsi que dans toute l’Europe. (2)

Quelle est la différence entre être sans abri et être sans logement?

Des personnes sans abri sont :

  • des personnes qui vivent et dorment dans la rue (sans hébergement) ;
  • des personnes qui vivent dans des hébergements d’urgence (p. ex. des accueils de nuit, des structures à bas seuil).

Des personnes sans logement sont :

  • des personnes qui habitent dans des structures temporaires pour des personnes sans logement (p. ex. foyers ou appartements de passage, refuges et auberges).
  • des femmes et des enfants qui vivent dans des refuges pour femmes ;
  • des personnes qui habitent dans des structures pour migrant(e)s ou requérant(e)s d’asile ;
  • des personnes qui sortent d’institutions (p. ex. qui sortent de prison) ;
  • des personnes qui habitent dans des structures permanentes pour des personnes sans logement

Quelles autres formes de logement existe-t-il?

Les personnes dans des situations de logement précaire, soit qui n’ont pas leur propre appartement et dorment chez des amis et des connaissances sont souvent oubliées. Cela concerne avant tout des personnes plus jeunes.

Logement non garanti :

  • logement sans contrat de bail (p. ex. sans-papiers)
  • logement temporaire (p. ex. chez des proches ou des connaissances)

Logement insuffisant :

  • solutions de logement provisoires (p. ex. tente, caravane)

 

Sources:

(1) We Need to Talk About Homelessness
Catalogue de l’exposition du même nom ayant eu lieu au Künstlerhaus Palais Thurn und Taxis, à Bregenz, du 19 mars au 2 mai 2021.

(2) Fabian, Carlo; Müller, Esther; Zingarelli, Jacqueline & Daurù Andreas. (Hrsg.). (2020). Housing First. Ein (fast) neues Konzept gegen Obdachlosigkeit. Verein für Gassenarbeit Schwarzer Peter; Schweizerische Gesellschaft für Sozialpsychiatrie, Sektion Deutschschweiz & Stiftung Pro Mente Sana. Basel & Zürich.

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  • Hüssy Charles

    Bonjour, et merci de m’accorder quelques minutes. Je suis un enseignant universitaire en écologie humaine de Genève ; j’ai publié trois livres sur l’état de la planète, sur l’espérance chrétienne et sur le message écologique des Évangiles. L’annonce figure sur mon site:
    https://auteurs.harmattan.fr/charles-hussy
    Je cherche à recréer un lien de dialogue entre croyants et non croyants, et je milite pour que l’Église catholique non seulement se réforme en profondeur, mais qu’elle s’engage davantage au plan écologique face à un monde laïcisé. Je me suis donc donné pour tâche de diffuser un savoir et une conviction dans l’aire francophone et de susciter des échange dans l’urgence des difficultés à venir. Je vous suggère de parcourir la vidéo et le cas échéant de passer commande d’un livre.

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